La Légende du Puits 2017-01-06T17:00:27+00:00

Conte du Moyen Âge

La légende du Puits

Les puisatiers creusent sans relâche et toujours pas d’eau. Ce puits a l’air maudit !

Las, le baron de Fleckenstein se laisse convaincre par un drôle de personnage qui lui promet des résultats sensationnels. Pour s’en convaincre, il descend au fond, si bas qu’il voit les flammes de l’enfer rougeoyer, tandis que son puisatier se métamorphose en diable ricanant.

Plein de sang froid, le baron invoque Dieu, ses serviteurs remontent la nacelle, le diable disparaît dans les fumerolles et le chapelain purifie le puits en l’inondant d’eau bénite.

Tout est bien qui finit bien : le puits abonde en eau claire et fraîche.

Légende du Puits selon François de Gourcez*

La tradition, qui depuis près de mille ans courait dans la vallée de la Sauer, assurait que le premier seigneur du lieu, Gottfried, avait dès son arrivée sur le rocher du Fleckenstein ordonné que fut creusé un puits afin de pouvoir tenir la place contre vents et marées.

Après des semaines de labeur, et quoi qu’ils eussent creusé à plus de cent pieds de profondeur, les puisatiers n’avaient cependant pu trouver d’eau. Le ministériel de l’Empereur se désespérait, lorsqu’un homme, un soir, se présenta à lui. « Contre dix écus d’or et votre bonne volonté, Seigneur, je trouverai de l’eau », lui dit-il avec un air de sûreté qui impressionna le chevalier.

Quoi qu’il trouvât l’homme bien étrange, Gottfried accepta l’offre qui venait de lui être faite. L’étranger se mit dès lors à l’ouvrage. On le vit descendre dans le trou sec et bientôt retentirent d’interminables et puissants coups de pioche. Lorsque, au soir, il ressortit du trou, Gottfried l’attendait, anxieux.

« Alors ?! », demanda-t-il avec impatience.

« Attendez encore, Seigneur… », lui répondit l’homme avec autant de calme que le chevalier faisait preuve de nervosité.

Le lendemain, l’homme remonta dans le panier suspendu à un fil au-dessus du trou et se fit à nouveau descendre. Les hommes qui maniaient la roue mesurèrent deux cents pas de corde. Jamais on n’avait vu puits si profond demeurer aussi sec.

Une nouvelle journée s’écoula durant laquelle pas un instant ne cessa de se faire entendre la pioche de l’inconnu. Au soir, néanmoins, il annonça, tout comme la veille, que son ouvrage n’était pas achevé. Aussi se fit-il redescendre le matin suivant dans le trou béant creusé au pied de l’immense rocher du Fleckenstein. Ses coups de pioche résonnèrent toute la journée sans la plus petite seconde d’interruption. Au grand étonnement de chacun, l’homme ne semblait pas prendre de repos, ni pour boire ni pour manger. Jusqu’où creuserait-il ? On avait, au matin, laissé filer trois cents pas de corde.

Alors que le soleil déclinait, les coups de pioche cessèrent soudainement. Une voix caverneuse retentit alors, demandant à ce qu’on fit descendre le panier jusqu’à lui. Les hommes de peine de Gottfried s’exécutèrent et remontèrent bientôt l’étranger.

« Est-ce donc fini ? », demanda ce dernier.

« Venez avec moi, Seigneur, vous comprendrez… », se contenta de lui répondre l’homme avec plus de calme que jamais.

L’ancêtre des barons de Fleckenstein se hissa dans le panier au côté du curieux puisatier et ordonna qu’on les fît descendre. La roue grinça sous la charge tandis que les deux hommes disparaissaient dans les profondeurs du trou. Deux cents pas de corde venaient de courir, lorsque Gottfried sentit une étrange chaleur monter du fond du trou.

* Auteur en résidence au Fleckenstein en 2008

« Qu’est-ce donc ? », s’exclama-t-il.

« Rien, ou si peu, Seigneur… Rien ou plutôt tout : la fin de ta peine et l’eau que tu recherches si tu passes avec moi quelque arrangement… », lui répondit l’homme sur un ton plein de mystère.

Le chevalier crut brusquement deviner dans l’obscurité deux yeux terribles qui le fixaient avec intensité.
Le panier descendait toujours, et la chaleur qui montait du fond du trou allait en s’augmentant.

« Ton âme, Gottfried, et tu auras toute l’eau des profondeurs de la terre ! », s’écria alors l’étranger d’une voix d’outre-tombe.

Le seigneur de Fleckenstein tressaillit. L’homme qui se tenait à côté de lui dans le panier n’était plus vraiment un homme : des cornes lui avaient poussé sur le front, ses yeux étaient de braise et son sourire plus satanique encore que celui de Satan.

Satan…

Comprenant tout à coup, Gottfried se signa par trois fois, ce qui fit grimacer affreusement le Diable, car c’était bel et bien lui qui, par sa ruse, entraînait l’aïeul des Fleckenstein dans les tréfonds de la terre.

Le chevalier se mit alors à réciter le « Notre Père » et, sa prière dite, poussa d’un vigoureux coup d’épaule son terrible compagnon hors du panier. Sa chute sembla durer mille ans, accompagnée d’un rire odieux qui jamais ne s’effaça de la mémoire de Gottfried de Fleckenstein.

Rassemblant alors toutes ses forces, le chevalier appela ses gens avec plus d’énergie que Rolland soufflant à Roncevaux dans son olifant pour qu’on le remontât au plus vite ; et sans doute eut-il lui-même grimpé à la corde si ses serviteurs, effrayés par les cris qu’ils avaient entendu, n’avaient donné de toute la puissance de leurs bras pour ramener leur maître.

Lorsque Gottfried revit la lumière du jour, le soleil s’écrasait derrière les montagnes. Une nouvelle fois il se signa puis ordonna à tous de se mettre avec lui à genoux pour invoquer le nom de Dieu. Sans que quiconque comprît, on l’imita, et une pieuse prière monta vers les cieux.

À ce même instant, un bruit de tonnerre se fit entendre dans le fond du puits et l’eau, brusquement, vint affleurer aux bords du trou.

Ainsi fut percé le puits du château de Fleckenstein, qui, dit-on, a plus de cent mètres de profondeur, que son premier seigneur obtint en résistant au Malin aussi bien qu’en invoquant le nom de Dieu.

On assure cependant que le Diable, niché dans les profondeurs de la roche, y ricane encore et que celui qui, par mégarde, se pencherait trop risque de l’entendre rire encore, ainsi qu’il le fait à cet endroit depuis mille ans, et d’être soudainement cueilli par ses démons…

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